Expériences

Un mois intensif en Ashram (2ème partie)

13 mars 2021

Deux premières semaines douloureuses.

Les deux premières semaines furent les pires. Dès le deuxième jour, je voyais déjà quelques personnes essuyer leurs larmes, assise sur leurs tapis. Quelques petits groupes se formaient, mais, à ma grande surprise, je n’arrivais pas à créer de réelles affinités. J’observais les autres de loin, ceux qui tenaient le coup, qui étaient sûr d’eux et entourés, ceux qui osaient montrer leurs faiblesses, même des femmes bien plus âgées que moi. Après moi aussi m’être laissé aller à quelques sanglots, une des étudiantes me dit : « Mais, tu n’as pas fais le week end de préparation à la formation ? ». Encore là une erreur de ma part, visiblement j’étais la seule à ne pas avoir participé à ce week end. L’ashram propose en effet aux futurs inscrits au TTC de venir passer deux jours, afin de découvrir l’endroit, son rythme et ses coutumes. Je ne l’avais pas fais car j’habitais loin. Pour moi, ce n’était pas la peine, ça aurait été une perte de temps. Évidemment j’avais compris que je me trompais, et alors je savais que si j’avais fais ce week end, jamais je n’aurai participé à cette formation.

Au bout de trois ou quatre jours, une fille du groupe est partie. Moi aussi je voulais fuir cette expérience. L’examen de fin de formation me semblait insurmontable, je ne voulais pas échouer, je n’étais pas venue là pour ça. Tout me semblait compliqué et difficile. Malgré qu’on était en plein mois de juin, nous avons dû faire face à des inondations exceptionnelles pendant au moins deux semaines. Il faisait froid, et l’eau n’en finissait pas de tomber. Le parking à l’entrée du site était remplie, les voitures presque submergées, même si j’avais eu un véhicule je n’aurai pas pu m’en aller ! Les personnes qui avaient choisi de dormir en tente, trouvaient refuge dans la grande salle de yoga, et y faisaient sécher leurs affaires. L’eau s’infiltrait absolument partout, et nous étions souvent dehors, pour manger, se déplacer vers les différents lieux… Nous ne pouvions donc pas souvent faire de promenades collectives, comme elles étaient indiquées dans le programme initial. Je me souviens même qu’un arbre immense s’est effondré, entre deux temples. Miraculeusement, aucun dégât.

Nous vivions à un rythme plus que soutenu, j’avais à peine le temps d’aller aux WC. Il fallait tout le temps courir, se dépêcher, être présent, attentif, réactif, productif. Alors les esprits parfois s’échauffaient, pendant le karma yoga par exemple. Les plaintes n’en finissaient pas. Nos corps étaient eux aussi mis à rude épreuve. En pleine conférence, certains s’allongeaient, fermaient les yeux. Pendant les cours, les premiers arrivés se ruaient contre le mur, même si nous devions nous tenir assis devant les professeurs, sans appuis. Les ronflements étaient devenus habituels durant les relaxations, je me suis moi même surprise à m’endormir et partir dans le pays des rêves en 2 minutes ! Chacun appréhendait les examens, nous étions fatigués et irritables. Une des filles de ma chambre, celle avec qui je m’entendais le mieux, à décidé de payer un supplément pour dormir dans une tente et retrouver son calme, sa solitude, sa tranquillité, malgré les conditions sommaires imposées par les inondations. Nous devions pourtant faire preuve de civisme et de bienveillance, après tout nous étions des apprentis Yogis. Mais l’énervement et l’épuisement prenait le pas, et parfois le ton montait. C’était vraiment loin, ce rêve de vivre une retraite spirituel, emplie de calme et de douceur.

Nous avions un jour de repos dans la semaine. Dans mon souvenir, c’était le mardi. Le mot repos n’est pas approprié. C’était une journée dédiée à sa lessive, à faire à la main dans un petit lavabo, et à faire sécher dans une petite chambre avec quatre autres filles, et bien sûr, sans étendoir. Rien n’était fait pour nous simplifier la vie. Mais ce jour avait le goût de liberté, car nous avions le droit de sortir de l’ashram ! Pas longtemps, juste histoire de se promener un peu ou bien de se rendre à la pharmacie, faire quelque courses… Interdiction par contre d’aller se boire une bière au bistro du coin ! L’ashram étant un peu reculé dans la foret, il fallait trouver quelqu’un qui avait laissé sa voiture sur le parking pour faire son excursion jusqu’au petit village le plus proche.

Je me souviendrai toujours du premier mardi. Le fait de se garer sur le parking du Leclerc, voir les gens se promener dehors, vêtus normalement, entendre la radio dans le magasin… En une semaine, j’avais déjà oublié ces sensations du monde que je connaissais. Je sortais de ma grotte, quel choc ! J’étais déjà loin de cette société moderne, mon cerveau en était lavé ! On croisait les autres étudiants dans le magasin, c’était amusant, beaucoup venaient pour se ravitailler en chocolats, bonbons, les aliments qu’on ne retrouvaient jamais sur les tables de l’ashram.

Malgré cette pseudo sortie libre, le jour de repos nous imposait tout de même notre karma yoga quotidien, les méditations et les chants. Nous étions nombreux à passer des heures à élaborer nos devoirs, relire et réécrire nos notes, réviser nos cours et se préparer à l’examen final. C’était le seul jour qui nous laissait cette occasion, nous n’avions pas le choix.

Dans le grand parc, se cachaient des temples. Une fois ou deux dans la semaine, un prêtre indien venait organiser une cérémonie. Nous n’étions jamais prévenus à l’avance. Il n’était pas rare de se retrouver à l’aube dans un de ces temples, en chaussette et dans un froid glacial, rassemblés en rond autour d’un autel rempli d’offrandes et de divinités. Cela offrait un spectacle magnifique. J’observais la brume se mêler aux premiers rayons de soleils, l’odeur de l’encens et des fleurs dans mes narines, les nappes de brouillard danser avec les filets de fumée …C’était irréel. Des heures sans répit de cérémonies, de rituels, à en perdre la tête. Égrainer des grains de riz, les uns après les autres, les genoux à même le vieux parquet gelé, à répéter ensemble machinalement, les paroles du prêtre. Je suivais le mouvement, à peine réveillée, sans savoir pourquoi, sans comprendre le sens des mots, des gestes. Je n’étais pas du tout prête à vivre ce genre de chose, de façon aussi « religieuse ». Moi qui n’avais jamais ou presque, assisté à une messe…

Malgré tout.

Je ne pense pas vous avoir dépeins le meilleur des tableaux via ce récit ! Pourtant… Au bout de la troisième semaine, j’ai commencé à m’habituer, et surtout à comprendre la nature de mon expérience. Notre corps et notre esprit ont besoin d’un temps d’adaptation, mais on s’habitue à tout. Je réalisais que je m’étais imaginée une formation tout en douceur, presque comme une retraite, des vacances. Mais dans un ashram, la vie est tout autre, même en plein cœur de la France !

« J’ai créé cette formation pour donner la possibilité à ceux qui le souhaitent de développer leur potentiel et leur force dormante, et de construire un monde meilleur. » – Swami Vishnudevananda

Notre force dormante…C’est dans ces instants qu’elle se révèle, lorsque nous sommes au pied du mûr, sans aucun repère. Loin de notre confort, loin de chez soi, de ceux qu’on aime. Les professeurs nous ont expliqué, que le rythme intense et soutenu de la formation était voulu. Moi je leur en voulais de nous faire courir autant, d’être si peu prévenant, si peu compatissant, nous demander de travailler autant, nous faire subir cette fatigue. Or, tout cela a été minutieusement mis en place afin de nous couper du monde, et ainsi d’avoir un esprit plus malléable, car déconnecté et privé de ses habitudes. Cela nous apprenait la patience, l’impermanence, le respect, la rigueur, l’humanité. Nous étions appelés à lâcher prise, sans vraiment le savoir. Chaque moment passé était en réalité une leçon. Nos colocataires de chambre n’avaient pas été choisi au hasard, nous ont-ils confiés. Notre mental était sans cesse sollicité, de toute part, nous devions apprendre à l’observer, car c’est aussi cela, le Yoga. Je pensais avoir atterri dans une secte avec des gens sans cœur, que ça les amusaient bien de nous voir nous débattre avec nous même. Mais leur bienveillance, leur sagesse et leur bonté que je lisais dans leur yeux, leur sourire quand ils nous ont dit «pourquoi c’était si dur », alors j’ai baissé les armes.

Je n’étais pas du tout prête à cela, aussi, j’étais la plus jeune du groupe. Le week end de préparation à la formation m’aurait beaucoup aidé, mais aussi beaucoup découragé, car cette expérience m’a complètement sorti de ma zone de confort. Ce qui n’est pas évident, c’est quelque chose qu’on préfère souvent éviter. Mais c’était un cadeau, j’ai tellement appris, sur moi et les autres, sur la vie elle même. J’en suis ressorti tellement grandi, je n’oublierai jamais ces moments, ils feront partis de moi, ces moments de joie et de douleur, c’est presque comme si j’avais vécu une vie dans une vie.

J’en suis parti plus forte, mentalement car j’ai su dépasser toute ces émotions, mais aussi physiquement. Nous devions rester assis en tailleur du petit matin jusqu’au couché. On s’est tous tordu de douleur, pour certains c’était leurs genoux, d’autre le dos, et souvent les deux ! Mais la dernière semaine, j’étais capable de me tenir ainsi, le dos droit et fort, des heures durant ! Quelle fierté. Aussi, au bout de deux semaines, je connaissais tous les chants en sanskrit par cœur, ainsi que leurs significations. Plus besoin de lire les textes, les paroles sortaient intuitivement, comme si j’avais appris une nouvelle langue en deux semaines, une nouvelle coutume.

Jamais je ne pensais y arriver au début. Jamais.

Je comprenais ce dialecte vieux de presque 3000 ans, des dizaines de textes par cœur, imprimés dans mon cerveau devenu entièrement réceptif. J’étais fière de moi, et je prenais plaisir à chanter, à tenir la main de ceux qui étaient à mes côtés. Les professeurs voulaient nous prouver que le cerveau humain peut changer ses habitudes de façon réelle et radicale en seulement une vingtaines de jours.

J’accompagnais avec joie les nouveaux arrivants. L’ashram accueillait chaque semaine des nouveaux pensionnaires, venus de tous horizons. C’était formidable, ces rencontres brèves entre deux séchage d’assiettes, ces échanges d’expériences avec des novices et des Yogis voyageurs. Je les assistais avec joie dans les premiers jours de leur arrivées, heureuse d’être le guide que j’aurai voulu trouver au début. Sans cesse nous devions nous entraider, sans cesse nous devions nous épauler, nous soutenir, même avec ceux qui au départ, le courant ne passait pas. Donc notre ego s’efface, et ont fini par se tourner vers les autres. Les derniers jours, j’ai tellement pleuré, à l’idée de tous les quitter. Nous étions devenu une famille, nous étions chez nous. A l’heure de partir, je serrais dans mes bras avec tout mon amour, des personnes avec qui j’avais échangé à peine trois phrases en un mois. C’est encore avec beaucoup d’émotion que je me remémore ces instants. Cette expérience m’a bouleversé, traversé de toute part, des parts de moi que j’ignorais.

Des moments de beauté.

Le peu de balade que nous pouvions faire, nous offraient des instants de grâce. Le levé du jour à travers champs, ou le couché du soleil à l’orée des bois. C’était des marches méditatives, en silence. Les instants spirituels ponctuaient nos journées bien remplies. Le son de l’harmonium, mêlé aux lueurs chancelantes des flammes des bougies… Tous nos sens prenaient du plaisir. Lors de la dernière cérémonie, la swami de l’ashram avaient médité sur chacun de nous, et nous a attribué personnellement un nom sanskrit. Le mien est Kaivalya, ce qui signifie « liberté absolue ». Absolument juste !

Quand le beau temps était avec nous, nous pratiquions nos séances d’asanas dehors, sur une grande plate forme en bois. C’était si agréable, sous un vent léger, sur un tapis tout chaud et les poumons rechargé d’air frais. Les salutations au soleil prenaient tout leurs sens ! Les deux repas par jour que nous prenions étaient végétariens, sans gluten. Il y avait du choix, notre corps appréciait de manger des aliments de qualité, les bienfaits se sont fait sentir. Nous avions accès à de l’eau purifiée. Plus la fin approchait, plus les moments de beauté devenaient évidents. J’ai appris à donner des cours, à me perfectionner, à comprendre les aspects cachés du Yoga, mais surtout à voir des aspects de moi, à les observer, qui eux aussi étaient cachés. C’est un brassage énergétique puissant, à tous niveaux. Lorsque nous étions réunis dans la grande salle et que nous entamions nos chants tous ensemble, c’était fabuleux. Nous étions à l’aise avec les kirtans à la fin, et nous nous en donnions à cœur joie. Une centaines de personnes, de voix entremêlées, de mains qui frappent en rythme, cela donnait une énergie incroyable entre les murs. J’en étais souvent émue, je chantais en souriant, parfois même en riant, en pleurant, je n’avais pas peur de pousser mes cordes vocales, tout le monde jouait le jeux et l’ambiance était spectaculaire. Quand nous relâchions des « OM » dans l’atmosphère, tout mon corps tremblait. Je recevais l’énergie commune de toute ces âmes autour de moi.

J’ai regretté pendant deux semaines d’avoir mis les pieds dans cet ashram, et les deux semaines suivantes, j’ai lâché prise. Aujourd’hui je suis reconnaissante d’avoir vécu cette expérience surprenante, inattendue. Elle restera ancrée en moi, ainsi que ces précieux enseignements, sur le Yoga, et sur la vie elle même. Je n’oublie pas que le Yoga est, de toute façon, une manière de vivre.

A la mémoire de Sofia.

Sophie

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